Par Didier Ravon

Photo : © Jean Marie LIOT

À moins de cinq semaines du départ, tout s’accélère mais je ne me plains pas et globalement me sens vraiment bien. Franchement pour les amateurs que nous sommes, on n’est pas si mal ! COMMEUNSEULHOMME est mouillé sur son coffre à Port-La-Forêt, et nous entrons dans la phase peaufinage. En gros, il reste l’avitaillement à embarquer ainsi que le spare, et deux trois bricoles à finaliser. J’étais assez content que Vincent Riou me dise cette semaine qu’il trouvait que nous avions l’air prêts, nous et Romain Attanasio, un autre concurrent qui va courir dans « ma catégorie ». Venant du vainqueur du Vendée Globe 2004-2005 et qui prend le départ de son 4ème tour du monde, c’est plutôt rassurant. Le week-end dernier, nous avons fait la banque images du bateau. J’étais comme un gamin ! C’était un peu « Noël », un super moment, une étape de plus. J’étais sur le pont de mon bateau au large de Lorient avec cet hélico « rien que pour moi ». Je suis sûr que dans quelques années, je reverrai ces photos et vidéos non sans émotion. Mon complice Sam (Goodchild) était bien sûr à bord. C’est fou ce que je continue à apprendre à son contact. On a eu du vent - entre 15 et 30 nœuds - et l’idée était que je manœuvre de jour comme de nuit en solo le plus rapidement possible comme si j’étais en course, sous l’œil expert de Sam… quitte à faire des conneries. C’est ce que j’ai fait d’ailleurs, quand ayant oublié de remettre la quille dans l’axe avant une manœuvre, je suis parti en vrac dans 25 nœuds de vent, l’outrigger totalement noyé sous l’eau ! Je sais que celle-ci, je ne la referai plus… du moins j’espère. De toute façon sur ces Imoca, tu dois toujours faire les choses vite, ne pas ralentir le bateau. Si j’ai encore quelques questions sur le gros temps ou lors des montées dans le mât (29 mètres au-dessus du pont ; ndlr), je n’ai plus vraiment de zones d’ombre, je me sens bien, fais mes nuits et ne ressens pas (encore) la pression du départ. Là, je repars naviguer à nouveau 48 heures, mais cette fois avec Samantha Davies (4ème du Vendée Globe 2008-2009) afin qu’elle me distille ses conseils sur des détails de réglages de pilote notamment. J’ai une foule de petites questions à lui poser. J’ai finalement décidé de partir avec une centrale gyro 2 qui certes est un peu moins performante qu’un processeur HR, mais en qui j’ai acquis depuis un an de la confiance pour aller dormir. Ce que je vise avant tout, c’est la fiabilité. Enfin, dans deux semaines, COMMEUNSEULHOMME sera amarré aux Sables d’Olonne, flanc à quai et à l’une des plus belles places … soit au début du ponton !

Les mots pour le dire :

Coffre: Bouée fixe ancrée sous l’eau soit, le plus souvent sur un bloc de béton, et permettant de s’amarrer au mouillage sans avoir recours à une ancre. Rassurant, car une ancre peut décrocher et le bateau chasser, ce qui n’arrive pas sur une coffre.

Spare: Se dit du matériel de rechange que l’on embarque en course : petites pièces d’accastillage, gréement courant (bouts, drisses, écoutes…), et qui complète l’indispensable caisse à outils.

Outriggers: Tubes en carbone ressemblant à d’énormes cannes à pêche partant de part et d’autre du pont au niveau du mât, et qui font office de barre de flèche afin de maintenir le mât latéralement. Du coup, on parle aussi de gréement thonier.

Centrale gyro : c’est elle qui commande les pilotes automatiques, totalement indispensables en solitaire, et réputés barrer au moins aussi bien si ce n’est mieux que le meilleur des skippers. Grâce au gyrocompas utilisant accéléromètre et gyromètre, le cap du bateau est corrigé instantanément en fonction de la direction du vent du tangage et de la gîte du bateau. Les centrales inertielles sont encore plus performantes car équipées d’un ou plusieurs magnétomètres mesurant le champ magnétique terrestre et d’un système prenant en compte les accélérations du bateau, mais sont très exigeantes à régler.