Par Eric Bellion

Photo : © Nicolas Henry

Ma semaine s’est déroulée en deux temps, d’abord à Port-La-Forêt au chantier, puis à Lorient en formation médicale. Sous le hangar de Mer Agitée, on a quasiment terminé les casquettes, ouvert le ballast bâbord qui s’était décollé afin d’y fixer une plaque pour le renforcer, puis réparé une lisse à l’avant. Bref, c’était ambiance composite, avant d’attaquer la semaine prochaine les derniers collages, le nettoyage la peinture et le remontage de COMMEUNSEULHOMME. Le planning est très serré, le but étant toujours de remettre à l’eau début avril. Point important, le bateau a été passé au peigne fin par Manu Le Borgne, expert maritime mais aussi régatier professionnel et équipier de Michel Desjoyeaux et Loïck Peyron. L’expertise montre que le bateau n’a pas souffert lors des deux transats automnales. Il est costaud mon 60 pieds, et c’est une très bonne nouvelle !
Puis changement de décor à Lorient, où j’ai effectué une formation médicale de deux jours et demi avec le docteur Jean-Marc Le Gac, urgentiste durant 25 ans, et qui s’est spécialisé dans la préparation et le suivi médical des navigateurs solitaires. C’est d’ailleurs lui qui me suit jusqu’au départ et pendant le Vendée Globe. Ces journées ont été des plus instructives. Réduire une luxation, faire une suture un bandage un strapping, poser une perfusion… sont des gestes indispensables à connaître avant une telle course. Nous avons également étudié les procédures d’urgence avec le CCMM (Centre de Consultation Médical Maritime). C’est un peu le Samu de la mer ! Basé à Toulouse, il permet d’appeler du large par téléphone satellite un médecin urgentiste spécialisé. De fait, le CCMM a désormais mon dossier médical complet, la composition et la nomenclature exacte de ma trousse à pharmacie, des photos très détaillées de COMMEUNSEULHOMME de la tête de mât à la quille… afin d’être plus concis et efficace en cas de consultation à distance.
A 245 jours du départ, je me rends compte que je suis déjà dans la course, et le fait d’être en formation avec des « collègues » est très sympa ! Nous étions six dont cinq bizuths et un « vétéran » Jean-Pierre Dick, qui prépare son 4ème Vendée Globe consécutif, et a apporté sa vision pertinente et sa grande expérience. Je m’aperçois que comme les autres « novices » du Vendée Globe, on n’a pas de grosse équipe, on fait tout un peu nous-même, on se pose un peu les mêmes questions… et le fait de passer quelques jours avec mes futurs adversaires, me permet d’apprendre pas mal de trucs. J’aime bien ces moments où tu n’as à te concentrer que sur un seul aspect des choses, et le fait de se retrouver avec des marins qui ont les mêmes problématiques que toi. Car l’air de rien, on est quand même vachement seuls, avec beaucoup de responsabilités… et même si on ne s’étend pas trop sur nos doutes respectifs - on est quand même concurrents ! - c’est rassurant d’échanger et de voir qu’on tire tous un peu la langue tout en vivant une aventure géniale ! Allez, je dois filer à ma séance de sport… avant un week-end encore très chargé et une réunion skippers lundi matin à 9 heures aux Sables d’Olonne !
Eric

Le chiffre de la semaine : 245
Le nombre de jours qui restent avant le départ du Vendée Globe.

Les mots pour le dire :

Composite : combinaison et mise en œuvre de plusieurs matériaux (fibre de carbone et de verre, résine époxy ou polyester, tissu pré imprégné, nid d’abeille…) pour construire, réparer, renforcer. Dans le jargon, on parle aussi de « strat » (stratification).

Ballasts : sortes de cuves situées dans les flancs d’un 60 pieds Imoca et que l’on remplit d’eau de mer soit par gravitation soit à l’aide de pompes. Le ballast « lesté » de plusieurs milliers de litres augmente la raideur et donc la puissance du bateau, notamment aux allures de près et de reaching.

Lisse : élément monolithique de structure longitudinale de la coque.