Bonjour à tous,

Journée doublement difficile hier. Difficile parce que nous faisons toujours du prés à 10 nœuds dans une mer formée et 20-25 nœuds de vent. Il n'y a pas un endroit confortable où vivre sur le bateau. Il gîte à 15-20 degrés. Se soulève dans les vagues, les percute, retombe violemment parfois, ou se fait gifler par une vague de côté. Impossible non plus d'échapper à la chaleur moite du carré en allant dans le cockpit car il est copieusement balayé par les embruns. Et 3 jours que ça dure.

Pourtant, l'ambiance était plutôt bonne hier à bord de COMMEUNSEULHOMME jusqu'à ce qu'une douleur que je croyais partie ne se réveille vivement. Elle m'a pris par surprise après un coup lourd dans un virement de bord. Cette douleur, c'est une tendinite au niveau du coude droit. Je dois avouer que je sais parfaitement quand elle est née. Un dimanche après-midi dans la folle série de manoeuvres au large du Havre le 25 octobre dernier, jour du départ de la TJV. Je me rends compte que mon esprit qui ne voulait pas d'elle l'a bien rangé loin de sa vue. Si elle se réveillait pendant la course ou pendant l'escale à Itajaí, mon cerveau mettait le couvercle dessus aussitôt et ignorait le problème. Elle venait, en effet, contrecarrer ses plans : tout doit s'enchaîner très vite après la TJV : navigation en solo, retour en France, qualification. Mais hier mon bras a dit "stop, j'ai mal et il faut que tu m'écoutes !" Il faut dire que depuis une semaine, je mène le bateau seul et que naturellement, je sollicite lourdement mes bras. Et chez moi, c'est le droit qui mène la dance.

Pas plus inquiet que ça, j'appelle Jean-Marc Legac, le médecin qui me suit depuis quelques années et m'a doté de ma magnifique trousse à pharmacie de bord. Il diagnostique le fameux Tennis Elbow et me dit que c'est embêtant parce que ça met beaucoup de temps à se remettre. Le seul remède, c'est le repos complet pendant trois semaines. Je raccroche en le remerciant. Je fais un pansement aux anti-inflammatoires avec David puis me retrouve seul devant ma table à carte. Soudain, le ciel me tombe sur la tête et les larmes me viennent. Comment vais-je faire pour naviguer seul sur mon IMOCA sans mon bras droit ? Le challenge est déjà tellement grand ! Comme j'avais évacué consciencieusement cette douleur de mon cerveau, elle se venge et se manifeste alors fortement. Mon bras enfle. Après de longues réflexions, la sentence tombe : je ne peux pas continuer comme cela.

À l'heure actuelle, je ne sais pas encore ce que je vais faire. Nous parlons avec l'équipe et listons les scénarios possibles. Nous allons faire escale à Recife pour que je puisse me reposer et faire le point pour la suite. Je vous tiendrai au courant. Moi qui parlais hier du fait de se connaître, je prends acte aujourd'hui que j'ai encore bien du chemin à parcourir.

À très vite,

Eric