Par Didier Ravon

Photo : ©Nicolas Henry

Cette semaine en solo a été géniale… mais c’était tout sauf de la croisière ! C’était seulement ma seconde navigation seul à bord après ma qualification en mai dernier, et je m’étais concocté un parcours précis comme en course afin de travailler aussi la météo. J’ai très peu dormi, entre les petits soucis techniques classiques, la navigation sous spi jour et nuit, le nombre impressionnant de cargos croisés au large de la Bretagne ou le peu de vent m’obligeant à beaucoup manœuvrer. Ce qui est très positif, c’est que je suis rentré après huit jours fatigué mais heureux. Et puis je commence à bien apprivoiser mon bateau, à plus le comprendre. On s’entend de mieux en mieux lui et moi… même s’il m’impressionne encore beaucoup ! Ces bateaux c’est du sport… mais c’est fantastique en même temps. Et comme j’ai un peu tiré sur le bateau, je me suis aperçu du bruit que COMMEUNSEULHOMME générait. Jusque là, je n’y avais pas prêté plus attention. Même dans 15 nœuds de vent au près, c’est hyper bruyant et à la limite du supportable ; cela correspond tout de suite à plus de 25 nœuds de vent apparent, et les vibrations du gréement sont vraiment pénibles. La coque en carbone est une vraie caisse de résonnance. J’en avais plein la tête ! Durant cet entrainement, j’ai pour la première fois envoyé le spi en solo. C’est une belle voile, de 410m2 ; eh bien, la première fois qu’on l’envoie tout seul…
Je suis un peu fier ! Il y en aura plein d’autres, évidemment. Mais la première, on s’en souvient !
Plus ça va et plus je me dis que j’ai les cartes en main pour me faire plaisir dans le Vendée Globe. J’y vais aussi pour ça. Le bateau est en train d’être désarmé, et on va le préparer pour le test à 90 degrés. Ce test obligatoire par rapport à la jauge Imoca avec la nouvelle quille, consiste à vérifier le couple de redressement, et aussi à déterminer le CG (centre de gravité). Ensuite l’équipe technique va démâter le bateau, le tirer à terre, lui refaire une beauté, poncer la carène… puis le remettre à l’eau. Nous sommes dans le planning, et tout va bien.

Le chiffre de la semaine : 1650. Le nombre de milles effectués par Eric Bellion lors de cet entraînement en solo. Un mille nautique = 1,852 kilomètre.

Les mots pour le dire : Vent apparent. C’est la somme vectorielle du vent réel (celui qui souffle en mer) et du vent généré par le déplacement du bateau, et qu’on appelle vent vitesse. C’est aussi le vent ressenti. Au près, le vent apparent est toujours plus fort (on additionne le vent réel et le vent vitesse). Au portant en revanche, le vent apparent est moins fort (on soustrait le vent réel du vent vitesse).

CG. C’est le centre de gravité et le point de concentration des différentes forces permettant au bateau d’être en équilibre. Le centre de gravité ne bouge pas. Cette mesure obligatoire pour valider le certificat de jauge Imoca permettant de prendre le départ du Vendée Globe, s’effectue bateau couché sur l’eau à 90 degrés avec un dynamomètre. Elle doit être refaite chaque fois qu’une modification sur la carène, la quille ou le mât a été effectuée. Ce test dit aussi de redressement a pour but de vérifier si le bateau chaviré avec un angle de 127,5 degrés se redresse seul.