Par Eric Bellion

Pour tout vous dire, je n’ai pas vu passer la semaine ! Nous avons tant de choses à découvrir, et on manque un peu de bras dans l’équipe. N’empêche, sans elle, je ne serais pas grand chose. Elle a démonté l’accastillage, envoyé tous les bouts en contrôle, vérifié les pièces du gréement, checké le mât, repris les réparations que nous avions faites sur les varangues au Brésil, renvoyé l’hydraulique pour la révision des « 10 000 »… Sur ce genre de bateaux, tu es toujours avec la boîte à outils, et l’un de mes nombreux challenges est aussi d’apprendre (du moins d’essayer) à connaître les bases de la mécanique, de l’électronique, du composite… pour j’espère, pouvoir me débrouiller seul l’hiver prochain. Mais ma semaine peut aussi se résumer à une histoire de casquette ! Je m’explique. Durant la Transat Jacques Vabre, nous avons été tellement arrosés dans le cockpit de Comme Un Seul Homme, que non seulement pour la moindre manœuvre il fallait s’habiller de la tête aux pieds, mais que tout l’intérieur du bateau était envahi par l’humidité. Si sur une Transat dans des eaux chaudes et au soleil, c’est vivable, sur un Vendée Globe où je vais passer un mois dans le grand Sud, ce n’est juste pas possible ! Il faut dire que mon bateau possède deux roufs indépendants quand sur la plupart des derniers protos, le cockpit peut se fermer partiellement comme dans un cabriolet. Alors, le chantier de la semaine chez Mer Agitée (la société de Michel Desjoyeaux) a consisté à concevoir des protections autour des roufs, car outre les embruns, je me suis rendu compte que les postes de barre étaient très exposés et potentiellement dangereux. Dans la brise, il est aisé de se faire éjecter par une vague contre la bastaque, avec le risque de se blesser, de se luxer une épaule. J’ai observé et écouté les échanges techniques entre les pros de Port La Forêt. Puis il a donc fallu faire un choix entre couvrir le milieu ou les côtés. Nous avons opté pour les côtés, car le gros avantage de ces deux roufs est de pouvoir circuler au milieu… Quand il faut aller à l’avant pour une manœuvre, je me sens en sécurité avec ce couloir. Nous avons donc décidé de fabriquer deux déflecteurs sur les côtés et rallonger les casquettes, afin que je sois mieux protégé à la veille et à la barre. N’empêche, tout ça reste très artisanal, et il faut faire à la fois solide et léger, car la jauge limite le poids de l’ensemble. Bref, c’est ce que j’appellerai « innover grâce à la contrainte » !
Eric

Le chiffre de la semaine :
25. C’est le poids qu’on ne peut pas dépasser pour les protections rajoutées dans le cockpit (déflecteurs, casquettes)

Les mots pour le dire :
Rouf : Issu de l’anglais qui s’écrit avec deux o, le roof ou le rouf veut dire toit.
Varangues : Pièces structurelles de la coque, un peu comme les côtes de la cage thoracique.
Bouts : Les cordages du bateau et qui ont pour nom drisses, écoutes, bras, bosses…
Bastaque : câble permettant de maintenir le mât sur l’arrière.