Par Eric Bellion

Le début de semaine a été consacré à la préparation du mât et du gréement dormant. Nous avons changé notamment les bastaques, puis envoyé les voiles chez Incidences pour une révision complète. Cette voilerie française installée à La Rochelle et Brest, et avec qui nous travaillons, a une très grande expertise des voiles de 60 pieds Imoca, puisqu’elle a équipé cinq des sept vainqueurs du Vendée Globe (Titouan Lamazou, Christophe Auguin, Vincent Riou et Michel Desjoyeaux deux fois). Maintenant que le bateau est désormais quillé et à l’eau, nous avons commencé à remonter l’accastillage, les winches, la colonne de moulin à café, l’électronique, l’électricité, la table à cartes… Ensuite, nous allons mâter et faire le test à 90 degrés… et COMMEUNSEULHOMME sera prêt à prendre la mer. J’ai la chance d’avoir une super équipe, dirigée par Matthieu Hacquebart, le directeur technique. C’est une pièce maîtresse du dispositif, avec Fabienne (Lemaignen) qui dirige le projet. Matthieu qui est surnommé « Amiral » en référence à « l’amiral Ackbar dans Star Wars », est mon bras droit technique. C’est lui qui connaît le mieux le bateau. Il a une énorme responsabilité, car c’est un poste où tu ne peux pas faire les choses à moitié. Il me tient au courant de tout, gère les plannings et les prestataires, dresse la « job list » du jour. C’est Michel Desjoyeaux qui me l’a recommandé… et en général « Mich » a le nez creux ! Dès le début, j’ai remarqué que Matthieu était quelqu’un de très pointilleux et d’une grande humilité. Il a pris le projet à cœur, n’en impose pas. Quand il ne sait pas, il le dit et quand il sait, il le dit aussi ! J’apprécie vraiment sa façon de fonctionner, sa manière d’être très structuré, et sa faculté à savoir se remettre en question. Et puis, j’aime bien son parcours atypique. Il n’est pas du sérail, a fait la fameuse école Boulle. C’est un artisan très perfectionniste, mais il a aussi ce petit côté artiste. Quand il sent quelque chose qu’il peut réaliser, je sais que ce sera parfaitement fait, et pour un skipper qui va partir autour du monde, c’est hyper rassurant.

Portrait

Enfin, j’ai achevé ma semaine à La Rochelle, chez Jean-Yves Bernot en stage météo. C’est presque des vacances pour moi. J’ai la tête un peu farcie, non seulement j’adore la météo, mais ai encore appris énormément de choses ! Nous avons attaqué la première partie du Vendée Globe - soit des Sables d’Olonne au Pot au Noir - afin de décrypter ensemble toutes les caractéristiques météorologiques, les grands principes climatologiques, les pièges… Jean-Yves Bernot (référence mondiale en matière de formation météo et routage ; ndlr) est tellement compétent, que ses explications sont limpides. Il a beaucoup enseigné et c’est un pédagogue hors-pair ayant l’art de vulgariser. Avec lui, la météo semble facile... alors que ce n’est pas le cas ! J’avais déjà eu la chance de suivre une formation avec lui il y a six ans, et je me rends compte combien les prévisions, les outils et les logiciels ont progressé depuis. La semaine prochaine, je m’octroie quelques jours de repos et de déconnexion… avant de partir effectuer ma qualification de 1 500 milles ; « la cerise sur le bateau » comme dit Loïck Peyron.

Le chiffre de la semaine : 199, soit le nombre de jours restants avent le départ du Vendée Globe.

Les mots pour le dire : Test à 90 degrés : Ce test de stabilité imposé par la jauge Imoca, consiste à coucher le bateau mâté à 90 degrés, afin de déterminer précisément la position verticale du centre de gravité (Cg). Le bateau sous la grue est maintenu à l’horizontale grâce une sangle fixée à l’extrémité de la quille (le bulbe) et un peson est fixé en tête de mât. Pour obtenir son certificat de jauge, c’est un passage obligatoire, car le bateau doit pouvoir se redresser seul.

Gréement dormant : C’est l’ensemble des câbles permettant de raidir et maintenir en tension le mât. Le gréement dormant se compose des haubans, bas-haubans et galhaubans (sur les côtés), des étais (sur l’avant) et des bastaques (sur l’arrière).

Job list : Dans le jargon de la régate, on appelle la « job list » l’ensemble du programme des travaux à effectuer. C’est par exemple : remontage winches de drisses, vidange circuit hydraulique, vérification point d’amure J2, épissure hale-bas, étalonnage girouette…