Deuxième journée à bord de COMMEUNSEULHOMME et deuxième nuit.

L'apprentissage du solitaire est difficile. Il l'est particulièrement dans les eaux brésiliennes riches en pétrole. Je dois, en effet, trouver ma route depuis deux jours entre les filets dérivants, les plateformes pétrolières, les tankers, les cargos, des pêcheurs sans éclairages réglementaires ni trace AIS et même, deux bateaux de guerre cette nuit. Alors comment faire quand on doit aussi apprendre à dormir ? La solution, c'est les alarmes. Pour l'instant, j'en ai quatre. Un réveil minuteur que je mets sur 20 minutes quand il y a du trafic autour de moi ou 40 minutes quand la voie semble libre. Il émet exactement le même son et le même volume qu'une alarme de voiture. J'ai ensuite sur mon ordinateur une alarme sur la vitesse du vent (parce qu'il faut aussi continuer à gérer le bateau...), une alerte pour les changements de cap compas et une dernière anti-collision pour les bateaux munis du fameux AIS. Ces trois alertes informatiques copient trait pour trait les sirènes de prison des films d'évasion.

La première nuit a été un véritable récital d'alarmes. Elles ont toutes sonnées se répandant en chœur ou déclinant des solos admirables. Bref, je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Il faut dire que le concert été donné sur fond d'un ciel déchiré d'éclairs. Aujourd'hui, ça va mieux le vent oscille entre 20 et 30 nœuds, mais nous pousse dans la bonne direction. J'ai décidé de partir avec une dépression qui nous épargne le prés. Encore deux jours à ce rythme-là et nous retrouverons le vent de nord typique des côtes brésiliennes. C'est pratique pour la route et l'économie de la machine, mais c'est gris et très humide. Ça me rappelle dans une certaine mesure les dépressions de la Jacques Vabre.
J'arrive à me reposer mieux, mais je n'ai pas encore trouvé mon rythme. J'espère que plus au nord, je trouverai ce que je suis venu chercher.

À demain,

Eric

Ps : En prime, une photo à chaud en train de vous écrire