Par Eric Bellion Photo : ©NicolasHenry

Ma semaine a débuté en Bretagne pour s’achever à Paris. Je vous parlais d’un petit chantier il y a trois semaines... mais en fait, il n’y a pas de petit chantier sur un 60 pieds Imoca en vue du Vendée Globe ! En gros, on a quasiment désossé COMMEUNSEULHOMME. On a atteint le fond, dans le sens où après avoir systématiquement tout démonté, nous sommes en train de tout remonter. L’air de rien, entre les commandes des nouvelles pièces, leur livraison puis installation, et surtout pour tout remettre en ordre, c’est beaucoup de travail… et notre petite équipe croyez-moi ne chôme pas. J’ai arrêté ma décision quant à la table à cartes, lieu où je vais passer le plus clair de mon temps durant 90 jours l’hiver prochain. J’ai supprimé le poste de navigation précédent afin d’opter pour un système simple et évolutif - notamment un « lit-transat » - dans le sens de la route (donc les pieds vers l’avant du bateau ; ndlr) au centre et où j’ai accès à tout, et où théoriquement, je dis bien théoriquement, c’est l’endroit le plus confortable du bateau ! C’est un peu comme les transats de jardin, avec un dossier inclinable me permettant d’être aussi bien en position assise que couchée. Et quand je ne suis pas sous le hangar de Mer Agitée à Port-La-Forêt et qui actuellement abrite deux bateaux - COMMEUNSEULHOMME et SMA - je fais du sport, beaucoup de sport. Et cette semaine, ayant attrapé une bonne crève, ça a été instructif, car il m’a fallu me « botter les fesses » pour y aller. Mais j’ai découvert que malgré mon gros rhume, j’avais encore du jus. Et comme j’ai doublé la dose de préparation physique par rapport à l’année dernière, je sens que mon corps se renforce, qu’il est mieux tenu… Mais ceci a un prix ! Car je ne vous cache pas que j’aurais volontiers pris quelques vacances… sauf que c’est juste impossible, car le temps est compté ! Je m’aperçois que c’est sacrément compliqué de se préserver des petits moments de repos, même le week-end… car il y a toujours quelque chose à faire, répondre à un mail urgent, travailler sur le message que je veux délivrer sur la différence, caler un rendez-vous, répondre à un journaliste...
N’empêche, je suis vraiment content, car on a pris le bon virage depuis le début de l’année. Je mentirais si je vous disais que ça été facile… pour l’équipe, pour les mécènes, pour moi. Mais c’est aussi ça le Vendée Globe ! Et je constate que c’est la même chose pour les 30 skippers, qu’ils soient pros, vétérans repartant pour un nième tour du monde, ou comme moi bizuths et amateurs. Enfin, j’ai achevé ma semaine en rencontrant des médias, car c’est essentiel d’expliquer pourquoi l’on a choisi la différence. C’est à la fois agréable rassurant et satisfaisant de voir qu’il y a de l’écoute, de l’intérêt… et que le message est cohérent et bien perçu. Tout ça me donne des ailes.
Eric

Le chiffre de la semaine : 8.
Le 8 avril 2016, COMMEUNSEULHOMME sera quillé, mâté, puis remis à l’eau, prêt à naviguer.

Les mots pour le dire :
Imoca : cet acronyme signifie International Monohull Open Class Association. C’est à la fois la jauge qui régit les bateaux du Vendée Globe et leurs caractéristiques, comme par exemple la longueur limitée à 18,28 mètres, mais aussi la classe qui regroupe armateurs et skippers.

Table à cartes : c’est le centre névralgique d’un 60 pieds Imoca,. La table à cartes ressemble un peu à celle d’un cockpit d’avion, et regroupe tous les instruments de bord (positionneurs, ordinateurs et logiciels de navigation et de météo, radar, afficheurs, téléphone satellite, tableau électrique, commande de pilote…).