MÉTÉO
Routage : ?

Apparu dans les années 80, le routage a révolutionné la course au large. Un routeur - en fait un météorologue doublé d’un scientifique et d’un régatier - resté à terre, indiquait alors par télex au skipper en mer la meilleure route à suivre. Ce dernier n’avait plus à se préoccuper de prendre la météo, de tracer sa route et pouvait se consacrer à la bonne marche de son bateau. Aujourd’hui, dans le Vendée Globe, la Transat Jacques Vabre ou la Route du Rhum, le routage extérieur est interdit pour les IMOCA 60. C’est donc bien le marin qui assure lui-même son routage. Bon d’accord, mais c’est quoi au juste ? Tout simplement une aide à la décision stratégique afin d’aller au plus vite d’un point à un autre. Mais encore ! Jean-Yves Bernot surnommé « le sorcier », est l’un des meilleurs routeurs au monde. Il va travailler avec Eric Bellion pour l’aider à préparer son routage au Vendée Globe. Voici ce qu’il en dit : « Imaginez une très grosse bille en acier qu’on lâcherait en haut d’une colline. La bille va choisir la meilleure route seule et atteindre le bas de la colline en un temps minimum. Imaginez maintenant que la forme de la colline (le vent) varie dans le temps, que la taille et le poids de la bille (les performances du bateau) aussi, mais en fonction du relief… et vous aurez une idée de ce que c’est que le routage d’un voilier ». En gros, le bateau cherche sa route optimale dans un relief de mer et de vent qui change tout le temps. Et c’est le routage - du moins le logiciel ! - qui va aider à trouver le bon chemin ! Mais pour que le routage fonctionne, il faut l’alimenter. Le marin entre alors dans l’ordinateur trois paramètres : les prévisions météo (le vent) et océanographiques (les vagues et le courant) qu’il a téléchargées, et enfin les performances du bateau (les polaires) aux diverses allures en fonction de la force du vent et de l’état de la mer. Vous me suivez ? Le logiciel de routage via un subtil algorithme brasse et digère alors toutes ces informations, puis calcule et propose des caps à suivre en indiquant le temps prévu pour l’atteindre. Il trace donc plusieurs routes, et c’est au marin de choisir la plus adaptée : rapide, sûre, confortable… Alors quand vous entendez Eric dire « mon routage me fait arriver à Itajai à 3 heures UTC », ça n’a plus de secret pour vous. N’empêche, un bon routage dépend aussi des éléments qu’on brasse, assemble et de ce que l’on peut observer. Un peu comme dans une entreprise, où c’est la diversité et la différence qui donnent du sens et apportent la véritable valeur ajoutée.