Par Didier Ravon

Photo : ©JM LIOT

C’est juste génial d’être là aux Sables d’Olonne à 18 jours du départ. Il y a des gamins qui quand ils me reconnaissent avec mon blouson noir aux couleurs de COMMEUNSEULHOMME se mettent à hurler « Eric, Eric ! ». Je n’en reviens pas ! Je n’étais jamais venu au départ du Vendée Globe et donc je ne me rendais pas compte de cette foule immense sur les pontons et de la liesse populaire. Et il paraît que je n’ai encore rien vu ! J’ai pourtant suivi tous les départs avec passion à la télé, mais je ne me projetais pas. Jamais je n'aurais pensé pouvoir faire un jour ce tour du monde en solitaire et sans escales. C’est donc une impression assez étrange. Je signe des autographes, je fais des selfies… bref des choses que je n’imaginais pas. Les gens ne me disent que des mots gentils. C’est étonnant de voir comment ils se projettent et s’identifient, et c’est un fait que c'est flatteur ! Quand je suis entré dans le chenal après un convoyage rapide de Port-La-Forêt aux Sables d’Olonne dans une bonne brise et des rafales à 30 nœuds, j’ai eu un sentiment bizarre. Très souvent depuis que j’ai démarré ce projet Vendée Globe, je me suis dit que mon objectif c’était déjà d’amener COMMEUNSEULHOMME au départ. Du coup, quand je suis arrivé, je n’ai pas bondi de joie… car la vraie joie ça va être maintenant de boucler ce tour du monde. Je n’ai pas eu d’émotion particulière, mais surtout l’impression du devoir accompli. Durant le convoyage, j’étais j’avoue un peu stressé. C’est uniquement quand le bateau a été amarré à Port Olona que je me suis dit « ça c’est fait ! ». J’ai d’ailleurs tout de suite envoyé un message aux mécènes en leur disant qu’il y a un ou deux ans, j’étais dans leur bureau. Je n’avais rien. Nous partions d’une feuille blanche. C’était quand même un peu une folie ! Ils m’ont tous fait confiance et nous sommes parvenus à être au départ. Le reste, c’est l’inconnu, la cerise sur le gâteau… mais déjà un succès. Le message sur la différence passe bien et mon quotidien ces jours-ci, c’est de l’organisation avec l’équipe technique (5 personnes), pas mal d’interviews avec les journalistes, l’accueil des premiers mécènes qui arrivent, et plusieurs réunions techniques avec les skippers et la direction de course. Je viens juste d’aller voir ma salle de sport et je commence à travailler avec mon coach demain. Je fais du routage. Je pensais avoir un peu plus de temps, mais les sollicitations sont telles que c’est compliqué. COMMEUNSEULHOMME est quasiment prêt. On a encore quelques bricoles à faire comme de calibrer l’électronique, remplacer le lazy-bag (sorte de sac indispensable en solo permettant à la voile de rester sur la bôme quand elle est réduite ; ndlr)… mais l’avitaillement est chargé. Je pars avec 100 jours de nourriture et c’est mon challenge (les trois premiers vainqueurs du Vendée Globe ont mis respectivement 109, 110 et 105 jours ; ndlr). La semaine prochaine, comme la majorité des skippers je vais aller me mettre au vert trois jours. On est déjà tous dans le concret. Je sens que tout le monde est un peu moins détendu, et certains m’ont confié qu’ils avaient du mal à trouver le sommeil. Moi ça va bien. Nous sommes tous très pris, mais je ne veux surtout pas me « coller » de pression maintenant. Elle viendra sans doute en temps voulu... D’être là au beau milieu de ces 28 concurrents de dix nations, c’est déjà une victoire !

Eric