Par Eric Bellion

J’ai aussi profité de ces quelques jours de break pour prendre un peu de recul sur le quotidien du marin, remplir mon petit carnet, et ainsi mettre noir sur blanc les messages que je souhaite faire passer lors du Vendée Globe. C’est plutôt agréable de se procurer ce temps-là. Il reste du chemin… Tout n’est pas encore parfaitement clair sur la manière mais je sais ce que je veux raconter. J’aimerais que le projet ait une belle résonnance car si on ne profite pas de l’événement pour donner de la voix, COMMEUNSEULHOMME ne jouera pas complètement son rôle.
Sinon, j’ai retrouvé mon équipe technique avec plaisir à Port-La-Forêt. Le bateau est désormais mâté. On a installé la bôme vendredi avec l’équipe d’Ino-Rope, et nous sommes en plein matelotage. Moi j’adore ça ! Julien Barnet m’apprend quelques uns de ses secrets, comme par exemple les épissures et les estropes textile que l’on trouve aujourd’hui sur tous les bateaux de course. Le soir, je profite aussi de la Transat Bakerly qui se dispute actuellement entre Plymouth et New York, pour m’entraîner au routage (choix de la meilleure route en fonction des conditions météorologiques ; ndlr) sur mon ordinateur, et c’est très instructif suite aux stages que j’ai effectué récemment avec Michel Desjoyeaux et Jean-Yves Bernot (cf Ma semaine 8).
En début de semaine prochaine, nous allons terminer d’armer le bateau, faire un essai de grand-voile afin de vérifier que tous les ris sont bien passés, et effectuer une première navigation après ce long chantier hivernal, et ce pour tout valider. L’équipe technique a fait un super boulot durant mon absence. Les gars n’ont pas compté leurs heures, et quand je suis rentré, tout était nickel ! C’est chouette de pouvoir s’appuyer sur une telle équipe. D’ailleurs les gens de Mer Agitée (l’écurie de course de Michel Desjoyeaux ; ndlr) sont venus me voir et m’on dit : « elle se débrouille bien ton équipe. Ce sont de vrais pros ! » J’avoue que ça m’a fait très plaisir d’entendre ça. Et puis je vois bien qu’ils sont très impliqués et responsabilisés. Bref, je suis fier d’eux et le projet commence à prendre vraiment tournure.
E.B.

Le chiffre de la semaine: 27 : C’est finalement le nombre maximum de skippers autorisés à prendre le départ du Vendée Globe le 6 novembre, et ce dans l’ordre chronologique des inscriptions, à condition d’être en règle avec la jauge et d’avoir effectué ses parcours de qualification. COMMEUNSUL HOMME est le 8ème bateau inscrit.

Les mots pour le dire : Matelotage : C’est tout ce qui concerne la mise en œuvre et le travail sur les cordages (écoutes, bras, drisses, palans…) que l’on trouve à bord, ainsi que l’art des nœuds, comme le nœud de chaise, qui sur un bateau est essentiel. Aujourd’hui, les fibres en textile exotique ayant remplacé les câbles d’acier notamment, le matelotage a évolué afin de gagner à la fois en résistance et en poids.

Epissure : Cela consiste à commettre un œil (une boucle ; ndlr) sur un cordage, à rejoindre ou prolonger (on parle d’ajut) deux cordages de diamètres différents… L’épissure s’effectue avec des outils spécifiques comme l’épissoir ou les aiguilles creuses. Les premières épissures sont apparues à la fin du 17ème siècle, et viennent du mot hollandais « splitsen » qui signifie entrelacement de deux cordages.

Ris: Prendre un ris est l’action de réduire la surface de la grand-voile en la repliant en accordéon sur la bôme. Quand le vent augmente, et afin de limiter la gîte (inclinaison du bateau) et la puissance, on arise (on prend un ris) par un système de bouts passant dans des sangles aux extrémités de la voile. Les 60 pieds Imoca du Vendée Globe ont généralement trois ris. A contrario, quand on veut retrouver la surface originelle de la voile, on largue le ou les ris. C’est une manœuvre pas spécialement complexe, mais qui sollicite physiquement beaucoup le navigateur solitaire.