Par Eric Bellion

Photo : ©Nicolas Henry

J’avoue que j’appréhendais pas mal ce moment aussi crucial qu’indispensable dans ma quête du Vendée Globe… soit effectuer ce fameux parcours de qualification de 1500 milles en solitaire. J’ai même dit à mon équipe technique avant de larguer les amarres que c’était l’aventure de ma vie et qu’en terme d’engagement, c’était pour moi bien supérieur à la Transat Jacques Vabre ! C’est un peu comme le premier saut en parachute ou le premier vol en parapente… Il faut dire qu’à part un mois de navigation en solo sur le Figaro Bénéteau de Michel Desjoyeaux (un monotype de 10,50 mètres ; ndlr), je n’avais donc encore jamais mené seul COMMEUNSEULHOMME. Et comme outre un timing serré nous avions une fenêtre météo assez réduite, j’ai quitté Port-La-Forêt un vendredi 13... J’avais le choix entre deux routes, et finalement j’ai opté pour le Sud en traversant le golfe de Gascogne avant de parer le Cap Finisterre avec une dorsale à franchir. J’ai ensuite mis le cap à l’Ouest pendant quelques jours avant de remonter vers le Nord, en suivant le vent et son évolution. Initialement, je voulais faire le grand tour par le Fastnet (le célèbre phare au Sud-Ouest de l’Irlande ; ndlr), mais il y avait une belle dépression, plus creuse que prévu. En fait, je me suis glissé sous elle et en avant du front, et suis rentré au portant « pleine balle » dans 25 nœuds de vent sous grand-voile à deux ris et J2. J’ai pris un plaisir fou. Je me projetais dans quelques mois. Je me suis senti de mieux en mieux avec mon bateau, et me suis dit : « pas de problème ! T’es mûr pour passer une centaine de jours sur COMMEUNSEULHOMME autour du monde. » Enfin, j’ai un autre motif de satisfaction. Les modifications effectuées cet hiver dans le cockpit et notamment les protections (les casquettes pour pouvoir barrer à l’abri des vagues ; ndlr) mais aussi dans la zone de veille intérieure, apportent plus de confort et accroissent la sécurité. J’appréhendais aussi de dormir à cause du stress, et finalement j’ai trouvé mon rythme. Et puis mon bateau est facile et j’ai vraiment un bon feeling avec lui. Pour la première fois aussi, je me suis écouté, j’ai pris vachement soin de moi, que ce soit l’alimentation, le repos, l’hygiène. Dès le départ, Michel Desjoyeaux m’avait envoyé à bord un petit message hyper sympa et qui disait mot pour mot : « manger régulièrement dès le début, dormir régulièrement dès le début ! Avoir confiance dans le bateau quand on va dormir ! Fais-toi plaisir ! » J’ai suivi ses conseils à la lettre, et c’était parfait ! Enfin, au retour dans la baie de Concarneau après six jours de mer et un bateau nickel, apercevoir le semi-rigide avec l’équipe technique venir à ma rencontre, a été un moment émouvant. On a même fait une petite fête ensemble pour marquer cette étape. Maintenant, je vais entrer dans une nouvelle phase où l’idée est aussi de me confronter à d’autres bateaux, et de perfectionner les manœuvres en solo, en alternance avec les sorties réservées aux mécènes qui me permettent de vivre mon rêve.

Le chiffre de la semaine : 1500: C’est le nombre minimal de milles à effectuer sur un parcours libre et en solitaire, afin de boucler la qualification pour pouvoir prendre le départ du Vendée Globe le 6 novembre prochain.

Les mots pour le dire :

Dorsale: Prolongement d’un anticyclone ou encore zone de hautes pressions entre deux zones de basses pressions. En gros, dans une dorsale anticyclonique, le temps est souvent beau et le vent toujours faible ou nul. C’est donc l’ami du vacancier mais l’ennemi du régatier !

Dépression: Zone de basses pressions fermées par des lignes d’égale pression (les isobares). On parle d’une dépression qui se creuse quand la pression chute en son centre. Ces perturbations atlantiques qui se forment le plus souvent au large de Terre-Neuve se déplacent d’Est en Ouest, et génèrent non seulement du vent fort et de la pluie, mais apportent de la douceur sur nos côtes.

J2: Foc. Les Imoca 60 possèdent trois focs de surface différente, baptisés J1, J2 et J3 (J comme Jib qui veut dire foc en anglais), situés à l’avant et gréés sur des étais (câbles) distincts. En gros, le J1 est utilisé dans le vent léger à medium, le J2 dans la brise, et le J3 dans le vent fort.

Portant: Se dit des allures venant de l’arrière du travers au vent arrière. C’est l’allure la plus rapide pour les bateaux, car ils sont poussés (portés) par le vent. À l’inverse, quand le vient de l’avant à l’avant du travers, on parle de près.