Par Eric Bellion

Cette semaine, j’ai décidé de modifier la table à cartes de COMMEUNSEULHOMME, car il n’y a pas vraiment d’endroit à bord, ni pour une veille adéquate, ni pour me caler correctement dans un fatboy (gros pouf ; ndlr). C’est l’endroit névralgique pour un solitaire qui va faire le tour du monde. Ça fait des mois que je fais des crobards… Avec Sam (Goodchild) sur la Transat Jacques Vabre nous avions déjà supprimé les bannettes ! Avec l’équipe technique nous avons aussi rationalisé l’électricité. Je cherche donc un endroit dans le bateau où je pourrais avoir accès à tous mes instruments, de l’ordinateur de bord au radar, tout en ayant un petit hublot me permettant de regarder dehors et sans que cela entrave le matossage. Tout un programme ! En fait, il faut que je puisse m’allonger au sec mais en ciré - donc mouillé - pour un cycle de sommeil de 30 à 40 minutes, ouvrir un œil, vérifier d’une regard que tout va bien… et repartir pour un tour (un cycle de sommeil !). Bref, c’est compliqué et il nous faut cogiter ! J’ai pas mal discuté avec Jean-Pierre Dick qui prépare son 4ème Vendée Globe consécutif. Il m’a expliqué ce qu’il avait fait fini par trouver. Il a par exemple installé un siège baquet de voiture de course en carbone moulé à sa morphologie qu’il déplace dans le bateau, et beaucoup travaillé sur son matelas. Moi pendant trois mois, je veux un truc à peu près confortable, car je ne sais pas (encore) dormir dans un fatboy et pour récupérer, il faut être bien calé ! Cet aspect ergonomique est donc très important. Et comme j’ai tout dézingué ce qu’il y avait avant, il n’est plus question de reculer… sauf qu’à ce jour je n’ai pas encore LA solution. Et quand je vois que Michel Desjoyeaux double vainqueur du Vendée Globe, avait d’abord installé une tente inclinable fermée par du plastique en 2001, puis décidé de mettre un siège de dentiste austère en 2008, je me dis que si c’était évident, ça ce saurait ! J’ai également rencontré une nutritionniste qui va normalement m’accompagner jusqu’au départ, du point de vue diététique, et aussi préparer mes avitaillements pour la course, soit un sac quotidien sous vide… Bref, je ne m’ennuie pas !
Eric

Le chiffre de la semaine : 90. C’est grosso modo le nombre de sacs numérotés soigneusement stockés à bord contenant les trois repas quotidiens du marin. Lamazou, 1er vainqueur du Vendée Globe en 1990 avait prévu 115. Gabart dernier vainqueur en 2013, 80.

Les mots pour le dire :
Bannette : Ce n’est pas cette baguette de pain effilée aux extrémités qu’on achète plus cher à la boulangerie, mais une couchette rustique - sorte de lit de camp - dans les flancs du bateau, munie d’une toile tendue sur un cadre en carbone et qui s’ajuste par des palans selon la gîte (inclinaison) du bateau. Pas super confortable !

Matosser : Épreuve de force épouvantable épuisante mais indispensable, consistant à trimballer d’un bord sur l’autre et seul, voiles outillage sacs - soit plusieurs centaines de kilos - afin de les stocker du côté où le vent souffle pour réduire la gîte (l’inclinaison) du bateau.