La quille !

Contrairement aux œuvres mortes situées au-dessus de la ligne de flottaison, la quille fait partie des œuvres vives, et est donc immergée. Son rôle est fondamental. La quille d’un 60 pieds Imoca est constituée d’un bloc d’inox ou d’acier fraisé appelé le voile, sur lequel est accroché un bulbe en plomb en forme de torpille. L’ensemble, qui pèse quand même plus de 3 tonnes - soit 45 % du poids du bateau - plonge à 4,50 mètres sous l’eau. Mais à quoi sert cet appendice obligatoirement peint dans une couleur fluorescente et solidement fixé à la coque ? Et bien, à éviter au bateau de dériver quand il navigue contre le vent, et également à l’empêcher de chavirer ! Car pour compenser la poussée vélique, la quille permet aussi de limiter la gîte ou si vous préférez l’aptitude naturelle du bateau à pencher sous l’effet du vent dans les voiles. Et si l’on va plus loin, c’est encore l’opposition de deux forces : aérodynamique (dans l’air) contre hydrodynamique (dans l’eau). Comme l’eau est 700 fois plus dense que l’air, mettez donc un orteil puis le pied dans l’eau sur n’importe quel canot, et vous sentirez que la résistance augmente sensiblement avec la vitesse, votre pied se comportant alors comme un véritable frein. Du coup la quille doit être la plus fine possible afin de limiter ce qu’on appelle la traînée. Mais contrairement à l’immense majorité des voiliers, la caractéristique des Imoca est aussi de posséder une quille qui peut s’anguler. Grâce à de robustes vérins hydrauliques, il est possible de la basculer de part et d’autre avec un angle allant jusqu’à 40 degrés. Vous allez me dire mais quel intérêt ? Et bien, à augmenter ce qu’on appelle le couple de rappel, et donc apporter un surcroit de puissance, donc de vitesse ! Et si je vous dis enfin que plus la quille est angulée au vent, et plus la coque est alors soulagée par un effet de portance la poussant vers le haut, vous comprendrez l’importance de ce robuste appendice, qui quand le bateau dépasse 15 nœuds de vitesse, se met à chanter. En conclusion, sur un Imoca et donc sur Comme Un Seul Homme, la quille est un élément aussi indissociable que le mât ou les voiles, même si elle fonctionne paradoxalement en opposition… un peu comme dans une entreprise où l’on travaille différemment ensemble mais pour un même objectif.
Didier Ravon