Bonjour à toutes et à tous,

À l'heure où je vous parle David, Arthur, David et COMMEUNSEULHOMME sont en route pour la France. Nous sommes libérés par l'administration brésilienne et sortons quasiment indemnes de cette aventure. Pour tout vous dire, j'ai un peu l'impression d'être Indiana Jones échappant de justesse au piège qui se referme sur lui. Dans un dernier sursaut d'adrénaline, il réussit à récupérer son chapeau in extremis et roule dans la poussière hors de danger.

Cette nuit fut pour nous le coup du chapeau d'Indiana Jones. Je vous explique.
Hier, j'ai passé avec Ludovic ma journée entre la capitainerie, la police Fédérale et les Douanes. Grâce aux talents de négociateurs de Ludo, nous sommes autorisés à rester 24h de plus le temps de préparer l'avitaillement et de réceptionner nos deux français David et Arthur. Seule obligation : partir mercredi sans faute avant midi et laisser un marin français à bord pendant la nuit. Pour notre interlocutrice brésilienne, nous devons être capables de réagir s'il y a un problème dans le chenal. Pas cool ! Depuis vendredi, c'est Enrique qui surveille le bateau la nuit et nous sommes à bord le jour pour bricoler. Passer la nuit sur le bateau ne nous enchante pas du tout. On préfère de loin notre lit douillet de l'ibis de Boa Viagem.
David va donc prendre le quart à l'ancre. À 2h30 du matin, il se réveil en sursaut. Quelque chose ne va pas. Un claquement sourd. À demi réveillé, il n'y croit pas. Le bateau vient de taper violemment contre le quai. Les deux ancres ont chassé et le vent a poussé notre Imoca à 50 mètres de son mouillage sur le quai du port.
Si David ne démarre pas maintenant le moteur et ne se dégage pas à fond de gaz, le bateau se colle de tout son long contre le mur ce qui entraînera à coup sûr la destruction du tirant d'outriger tribord et peut-être le démâtage pur et simple. Plein de sang-froid et d'adrénaline, David réussi la manœuvre et m'appelle à l'hôtel. Je réveille dans la minute les deux autres dormeurs. Nous nous engouffrons dans un taxi et arrivons à temps pour embarquer et prendre le relais de David. Une fois le mouillage à nouveau à poste, nous soufflons ensemble et une peur rétrospective nous envahie. Depuis 4 nuits, notre bateau est à l'ancre au même endroit dans le même vent et avec un gardien brésilien qui ne connaît rien au bateau. Ça aurait donc pu arriver ces quatre nuits-là. Nous découvrons que le fond est en effet vaseux et couvert de déchets plastiques. La tenue des ancres est donc complètement aléatoire dans la rivière. On a eu chaud. C'est cette nuit, la seule de toutes les nuits que l'un d'entre nous est à bord avec un téléphone, que nous chassons. Grace au zèle du lieutenant de la capitainerie, nous venons de sauver notre bateau. Alors vive l'administration tatillonne (je ne sais pas si je réécrirai cela de si tôt)!!! Et vive les réflexes de David!!

Ce matin, après avoir veillé sur notre nouveau mouillage, je sais au fond de moi que COMMEUNSEULHOMME est né sous la bonne étoile. Cette étoile brillait déjà il y a 12 ans exactement quand un coup du destin du même type avait sauvé Kifouine, le bateau sur lequel je faisais le tour du monde avec mes deux copains Brice et Herve.

Un énième et dernier papier à trouver pour les douanes (merci à l'équipe de la Transat Jacques Vabre qui a été super réactive) et à 17h aujourd'hui je peux enfin serrer dans mes bras les trois marins convoyeurs et leur souhaiter une bonne mer. Je suis ému de ne pas être à bord, mais je sais que le bateau est entre de bonnes mains. La météo est bonne pour leur première semaine de navigation. À voir leurs sourires, je suis sûr qu'ils vont se régaler. Bon vent aux deux David et à Arthur. Rendez-vous dans 17-18 jours en Bretagne !

À bientôt !

Eric